IMAGERIE SYMBOLIQUE
Outre leur utilité, les arbres sont mentionnés dans ces deux livres sacrés comme symbole et métaphore. Dans les deux livres, le bon arbre est comparé à une personne bienveillante et le mauvais arbre à une personne malveillante. Dans le Coran, par exemple:
Ne vois-tu pas à quoi Dieu compare la bonne parole? A un bon arbre dont la racine tient ferme, dont le branchage monte au ciel et dont les fruits abondent en toute saison avec permission de Dieu. Dieu propose des paraboles aux hommes, peut-être réfléchiront-ils. Mais la mauvaise parole est comme un mauvais arbre qui est coupé à ras de terre et qui ne tient plus.
Surates 14:24-25
Et dans la Bible:
Il est comme un arbre planté près d’un courant d’eau qui donne son fruit en sa saison et dont le feuillage ne se flétrit point. Tout ce qu’il fait lui réussit
Psaumes 1:3
Les justes croissent comme le palmier, ils s’élèvent comme le cèdre du Liban
Psaumes 92:12
La Bible compare explicitement les grands hommes à des arbres. Daniel, par exemple, interprétant le rêve du roi Nabuchodonosor relatif à un arbre, dit «…cet arbre … c’est toi, ô Roi» (Daniel 4:22). Dans Ezekiel 31:3, le roi d’Assyrie est appelé un cèdre du Liban: «Voici, l’Assyrie était un cèdre du Liban; ses branches étaient belles, son feuillage était touffu, sa tige élevée, et sa cime s’élançait au milieux d’épais rameaux.»
Dans la Bible aussi bien que dans le Coran, les arbres symbolisent l’éternité et sont associés à l’état paradisiaque. Un exemple est l’arbre de la vie de la Bible, qui est mentionné dans le jardin d’Eden ainsi que dans la vie éternelle de l’au-delà. Et dans le Coran:
Les gens de la droite, mais que sont les gens de la droite? seront parmi des jujubiers sans épines et des acacias alignés, sous d’amples ombrages, près d’une eau vive, avec une abondance de fruits, non encore cueillis mais non défendus.
Surate 56:27-33
Dans un certain sens, le message de la Bible peut se condenser dans le symbolisme de quatre arbres. Le premier était l’arbre de la vie dans le paradis du jardin d’Eden (Genèse 3:22-24). Cet arbre devint l’arbre de la connaissance du bien et du mal (le deuxième arbre) dont Adam et Eve mangèrent le fruit, causant la chute (Genèse 3:4-6, 17-18). Le troisième, la croix de Jésus, est appelé «bois» et est lié au verset du Deutéronome 21:22-23: «Si l’on fait mourir un homme qui a commis un crime digne de mort, et que tu l’aies pendu à un bois, son cadavre ne passera point la nuit sur ce bois; mais tu l’enterreras le jour même; car celui qui est pendu est un objet de malédiction auprès de Dieu.» Dans la doctrine chrétienne du salut, en assumant la malédiction Jésus l’élimine de l’arbre du bien et du mal et conduit au dernier arbre: l’arbre de la vie dans le paradis de Dieu «… dont les feuilles servaient à la guérison des nations. Il n’y aura plus d’anathèmes.» (Apocalyspse 22: 1-3).
RÉFLEXIONS CULTURELLES
Tant le Coran que la Bible étaient culturellement pertinents pour leurs premiers lecteurs. Les plantes que connaissaient ces cultures, et qui ont donné naissance à ces livres, ont forgé leur imagerie de l’arbre. Au fil des siècles, ces textes ont influencé les populations qui les ont adoptés comme textes sacrés.
Un bon exemple d’influence culturelle est l’inclusion des plantes grecques traditionnelles dans le Nouveau Testament, qui est profondément imprégné de culture grecque et écrit en grec: certaines de ces plantes ne se rencontraient guère dans les terres du Nouveau Testament. Dans I Pierre 5:4, par exemple, le gagnant d’un événement sportif est couronné de feuilles provenant de l’arbuste Laurus nobilis, «… la couronne incorruptible de la gloire». Laurus nobilis est l’un des rares exemples de plantes mentionnées dans le Nouveau Testament mais pas dans l’Ancien Testament.
Des noms bibliques ou coraniques s’appliquent fréquemment hors du Proche-Orient à des plantes indigènes qui n’ont jamais poussé dans les terres où sont nés ces deux livres. La flore de l’est de l’Amérique du Nord, par exemple, renferme de nombreux «cèdres», qui ne sont pas apparentés au cèdre du Liban (Cedrus libani) de la Bible. Peut-être est-ce parce que le cèdre du Liban était un symbole si largement cité dans la Bible que les premiers colons chrétiens d’Amérique du Nord ont donné ce nom à de nombreux arbres différents (et même à beaucoup de plantes herbacées) qu’il s’agisse ou non de vrais cèdres ou de membres de la même famille botanique. C’est ainsi que le cèdre rouge très répandu dans l’est de l’Amérique du Nord (Juniperus virginiana), à l’instar de Cedrus libani, est sempervirent, a un parfum agréable et durable, mais sa pomme est tendre et ressemble à une baie, à la différence du grand cône à forme de fuseau du cèdre du Liban.
De même, au Soudan oriental, la population Beja appelle le grand cactus arborescent Euphorbia abyssinica «zakkuum» d’après l’arbre de l’enfer mentionné dans le Coran. Il est improbable que l’idée du zakkuum du Coran vienne de cette plante succulente, puisque le fruit du zakkuum ressemblait, d’après la description, à une tête de satan. C’est peut-être à cause de l’amertume de sa sève qu’Euphorbia abyssinica a été comparée au zakkuum.
RÉFÉRENCES À DES ARBRES LOCAUX: TAMARIS ET GRENADIER
La connaissance de la flore des régions où sont nés les textes sacrés aide à comprendre le texte lui-même Le Coran et la Bible s’inspirent tous deux des arbres locaux.
Les tamaris, par exemple, une espèce du genre Tamarix, sont des arbres et arbustes très répandus dans certaines parties du Proche-Orient et se sont transformés en adventices très nuisibles dans d’autres parties du monde. Ils croissent souvent dans certains des milieux les plus défavorables pour la végétation. Ils tolèrent, par exemple, des sols à concentration élevée de sel, et ce sont donc les seuls arbres que l’on trouve sur les bords de la mer Morte. Dans le Coran, les tamaris symbolisent la dégradation de l’environnement: «Et nous déchaînâmes contre eux l’inondation des barrages et nous changeâmes leurs deux jardins en jardins de fruits amers avec des tamaris et quelques jujubiers» (surate 34:16).Dans la Bible, le prophète Abraham a planté un tamaris pour honorer Dieu (Genèse 20:33).
Le grenadier est largement utilisé au Proche-Orient. Dans le Coran, les grenadiers, Punica granatum, sont mentionnés comme l’un des dons d’Allah:
«Il a fait descendre l’eau du ciel. Nous suscitons ainsi la germination des plantes, et nous en suscitons la verdure où naissent les grains agglomérés et, de la spathe du palmier, les régimes de dattes qui pendent. Et des jardins de vignes, des oliviers, des grenadiers mêlés et différents. Regardez leurs fruits, quand ils donnent et leur maturation. Oui, ce sont des signes pour un peuple qui croît.»
Al-An’_am 6:99
De même dans la Bible, les grenadiers sont un don de Dieu (Deutéronome 8:

. Ils sont aussi cités comme des objets de beauté. Les grenadiers prédominent en trois endroits des Ecritures: sur l’habit du grand prêtre (Exode 28:33), comme une guirlande sur les colonnes du temple et dans le Cantique des cantiques. Sur le chapiteaux des deux colonnes qui s’élevaient devant le temple de Salomon étaient gravées deux cents grenades (I Kings 7:42; II Chroniques 4:13). Dans le Cantique des cantiques 4:3 et 6:7, la joue de la bien-aimée est comme «une moitié de grenade».[center]